Compte rendu par : Nandini Tanya Lallmon

Alors que le confinement constitue la principale mesure de protection pour lutter contre le virus, les mesures mises en vigueur ont inévitablement porté atteinte à certains droits et libertés qui font partie intégrante et nécessaire de toute société démocratique régie par l’État de droit.  Afin de renforcer la participation publique et d’améliorer l’espace civique en Afrique francophone, le réseau africain d’experts en politique de jeunesse a organisé un panel de discussion avec des experts qui ont sensibilisé les jeunes africains sur leurs droits en tant que citoyens civils ainsi que sur les responsabilités qui reposent sur leurs gouvernements respectifs en cette période de crise.

La modératrice, Nandini Tanya Lallmon, a démarré la consultation par une vue d’ensemble de la situation. Elle a indiqué que la lutte contre le COVID-19 a été caractérisée par un assortiment de mesures qui dérogent à la déclaration universelle des droits de l’homme, entrainant le rétrécissement, sinon la fermeture de l’espace civique, qu’il soit physique ou numérique.

Dosso Mouhamadou a souligné que la pandémie a fourni aux régimes autoritaires l’occasion de saper et d’essayer de faire taire les défenseurs des droits humains. Il a cité comme exemple l’arrestation arbitraire et la poursuite judiciaire de militants pour la démocratie au  . Il a décrié le recours au harcèlement en   et à l’intimidation en  .  Il a réprouvé les fouilles des habitations et des personnes, ainsi que la divulgation obligatoire d’informations personnelles en vue de traçage des contacts des personnes soupçonnées d’être porteuses du virus.

Saada Djadid Mahamat a fait remarquer que plusieurs gouvernements, tels que ceux du Tchad et du Niger, ont promulgué des lois vagues et trop larges et mis en œuvre des pratiques répressives qui ont restreint la liberté d’expression et limité l’accès à l’information par la censure, le filtrage du contenu, la fermeture des médias, les menaces, les arrestations arbitraires, les détentions illégales, les poursuites, l’intimidation et le harcèlement des journalistes, activistes et blogueurs en ligne.

Alhafiz Hassan Ahamat a évoqué que l’approche de sécurisation de la lutte contre la pandémie a fait que la mentalité des gens était considérée comme le problème et non comme faisant partie de la solution. En conséquence, cette attitude a exacerbé les disparités en matière de santé, les inégalités dans l’accès au logement, la faiblesse des mécanismes de protection des femmes et l’exclusion économique de nombreuses personnes.

A l’issue de la conversation, la recommandation émergente a été celle d’une enquête longitudinale, collectant des données auprès d’un échantillon représentatif au niveau national. A cet effet, les orateurs ont suggéré l’utilisation des téléphones portables pour accéder aux perspectives des citoyens sur les abus de la liberté d’expression, la vie privée et la protection des données, la protection des groupes vulnérables contre la discrimination et le droit à l’éducation. Après l’analyse des données, un plaidoyer direct et une publicité médiatique peuvent être utilisés pour faire connaître les résultats, promouvoir les messages nationaux et générer un dialogue national sur les questions clés émergentes. Ceci pourra promouvoir des relations avec les ministères, ce qui facilitera l’utilisation des résultats pour un changement de politique et de pratique.

Afin que les jeunes soient mieux encadrés à suivre de près les niveaux de transparence et de redevabilité dont font preuve leurs gouvernements, les conférenciers ont conseillé l’emploi d’audits sociaux et de suivis budgétaires. Ces techniques encourageront un engagement multipartite par le développement d’un contrat social entre les autorités gouvernementales et les citoyens par rapport au respect des principes de l’état de droit en cas d’état d’urgence.  Ainsi, les citoyens seront habilités à évaluer de manière qualitative et quantitative les mesures mises en place afin de déterminer leur pertinence et efficacité. Subséquemment, les médias pourront participer plus efficacement en tant que chiens de garde de la démocratie.

Les conclusions de la session alimenteront un document publié par le réseau africain d’experts en politique de jeunesse qui aura pour but de donner aux jeunes une boîte à outils pour faire face à l’actuelle crise sanitaire, inédite et massive, tout en respectant les valeurs fondamentales de la démocratie, de l’État de droit et des droits de l’homme. Une approche pratique sera adoptée afin que les participants puissent adapter les leçons tirées en ce qui concerne la gouvernance multi-niveau, le rôle de première ligne des autorités locales et la coopération transfrontalière. Le document fera office de guide quant à l’importance de la coopération, de la coordination et de la communication entre les organes de gouvernance et avec la société civile et d’autres acteurs. Il inclura aussi une fiche technique sur le développement de nouvelles méthodes de travail et des procédures administratives revues et simplifiées, les nouveaux outils informatiques et les méthodes pour promouvoir l’accès des citoyens à l’information et aux services publics.

 

Sommet virtuel sur le Gouvernement Ouvert pour la jeunesse

Thème : La participation citoyenne et l’espace civique

Activité : Panel de discussion

Orateurs :

Dosso Mouhamadou de la Côte d’Ivoire

Saada Djadid Mahamat du Tchad

Alhafiz Hassan Ahamat du Tchad

Modératrice : Nandini Tanya Lallmon de l’Ile Maurice